La désertification médicale, à la loupe du Conseil National de l’Ordre des Médecins | CISS – Collectif Interassociatif Sur la Santé

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12 juin 2013

La désertification médicale, à la loupe du Conseil National de l’Ordre des Médecins

Le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) publiait le 4 juin 2013 son « Atlas de la démographie médicale en France », réalisé à partir des chiffres du tableau de l’Ordre au 1er janvier 2013.

En un an, le nombre des médecins inscrits en activité a légèrement diminué (-0,12%) tandis que le nombre de médecins retraités a quant à lui augmenté de 8% sur la même période.

En effet, bien que l’Ordre n’ait jamais recensé autant de médecins inscrits au tableau (271 970 1er janvier 2013), ce phénomène est principalement lié à la proportion plus importante de retraités actifs au sein de ces effectifs.

Les médecins retraités constituent une armée de réserve bienvenue alors que certains territoires subissent ou seront amenés à subir, à plus ou moins court terme, une forte désertification médicale.

Un nombre croissant de praticiens titulaires de diplômes étrangers

Au nombre de 17 835, les diplômés européens et extra européens, venant principalement d’Algérie (22%), Roumanie (18%) et Belgique (9%), représentent 7,8 % des médecins en activité régulière inscrits au tableau.

Leur proportion ne cesse d’augmenter, puisqu’au 1er janvier 2013 les médecins titulaires d’un diplôme obtenu hors de France représentaient 24,1 % des effectifs des médecins nouvellement inscrits ; leur nombre a augmenté de 43 % entre 2008 et 2013. D’ici à 2018, leurs effectifs devraient continuer à augmenter de 34 %.

Une modification de l’attractivité des régions

Sur la période 2007 à 2013, trois régions se distinguent par une baisse significative des médecins qui y sont inscrits en activité régulière. Arrive en tête de ce classement, la région Ile-de-France (-4,8%). La région Champagne-Ardenne occupe la seconde place (-3,4%). La région Centre se positionne au 3e rang des régions qui dénombrent la plus forte diminution des médecins inscrits au tableau de l’Ordre en activité régulière (-2,9%).

Bien qu’étant aujourd’hui encore parmi les régions présentant la plus forte densité de médecins par habitant, les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Ile-de-France attirent de moins en moins de médecins.

La région des Pays-de-la-Loire arrive au 1er rang du classement des régions les plus attractives (+5,2%). La région Alsace occupe la seconde place (+4,5%) et la région Rhône-Alpes est classée en 3e position (+4,2%).

Une répartition géographique des effectifs médicaux fortement inégale


Les récents résultats obtenus dans le cadre de l’Observatoire citoyen des restes à charge en santé montrent des points communs entre la cartographie de la densité médicale et celle des dépassements d’honoraires :

Plusieurs départements du quart sud-est, notamment, affichent à la fois une forte concentration médicale et des dépassements d’honoraires moyens élevés.

Ce constat mène à penser que les deux faits interagissent, l’un favorisant l’autre.

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Quelles mesures pour lutter contre la désertification médicale ?

En décembre 2012, Marisol Touraine avait proposé un ensemble de mesures incitatives pour tenter de repeupler  les déserts médicaux, en précisant que la « coercition » était « injuste » et                        « inefficace ».

Quelques mois plus tard, en février 2013, le Sénat préconisait des mesures de contrainte comme le conventionnement sélectif des médecins avec l’Assurance maladie en fonction des zones d’installation ou encore l’instauration, pour les médecins spécialistes, d’une obligation d’exercer pendant deux ans à la fin de leurs études, à temps plein ou partiel, dans les hôpitaux des chefs-lieux de départements où le manque de spécialistes est reconnu par les Agences Régionales de Santé[1].

Pour le docteur Michel Legmann, président du CNOM, il n’est pas question d’obliger les médecins à quoi que ce soit :

« Il faut clairement comprendre qu’il n’y aura plus un médecin dans chaque village, dans des zones où le minimum – école, train, poste – n’est plus assuré. Cette période est révolue, il faut que les gens le réalisent et arrêtent de vociférer, notamment les maires de petits villages. »

Mauvaise réponse ! Ne pas confondre vocifération et expression des inquiétudes. Ne pas associer non plus déserts médicaux et zones rurales dépeuplées. La désertification médicale dans certains territoires est un fait auquel on ne peut pas se résigner, non seulement parce qu’il en va de l’accès aux soins des citoyens mais aussi parce que la résolution du problème est à portée de main compte tenu du nombre important de médecins en France.

Si la réforme du numerus clausus apparaît à certains nécessaire et profitable, elle ne règlera pas les problèmes de désertification médicale si l’on ne régule pas davantage l’offre de soins ambulatoires selon la logique des besoins de santé.

Le conventionnement sélectif par l’Assurance maladie est une idée, l’abandon de la liberté tarifaire dont jouissent les médecins de secteur 2 au profit d’une rémunération au forfait, pondéré notamment selon le nombre et les caractéristiques des patients que compte un cabinet médical en est une autre.

Le débat coercition versus incitation n’a aucun sens dans ce contexte d’insécurité sanitaire. En revanche, il est nécessaire, dans une approche collective d’objectifs de santé publique, de concilier les intérêts de 65 millions de citoyens et de 271 970 médecins.

[1] Rapport d’information n° 335 (2012-2013) de M. Hervé MAUREY, fait au nom de la commission du développement durable, déposé le 5 février 2013.