L’alcool, un tueur en série redoutable qui nargue les autorités et sévit dès les « années collège » | CISS – Collectif Interassociatif Sur la Santé

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17 mai 2013

L’alcool, un tueur en série redoutable qui nargue les autorités et sévit dès les « années collège »

Le numéro thématique du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut national de veille sanitaire (INVS) du 7 mai 2013, L’alcool, toujours un facteur de risque majeur pour la santé en France [1], part de données d’enquêtes et de ventes pour estimer la répartition de la consommation d’alcool dans la population par sexe et par âge.
En combinant les données de prévalence de consommation et les risques, les fractions de mortalité attribuables à l’alcool ont été calculées ; multipliées par les nombres de décès correspondants, elles donnent le nombre de décès attribuables à l’alcool.

49 000 décès attribuables à l’alcool sur un total de 535 000 décès en 2009

En France, en 2009, 36 500 décès sont attribuables à l’alcool chez les hommes (13% de la mortalité totale) et 12 500 chez les femmes (5% de la mortalité totale). Ceci inclut 15 000 décès par cancer, 12 000 décès par maladie cardiovasculaire, 8 000 par maladie digestive, 8 000 par cause externe et 3 000 par maladies mentales et troubles du comportement. Les fractions attribuables à l’alcool sont de 22% dans la population des 15-34 ans, de 18% dans la population des 35-64 ans et de 7% dans celle des 65 ans et plus. L’alcool est nocif même à la dose relativement modérée de 13 grammes par jour (une unité d’alcool = un verre standard = 10 grammes d’alcool pur), qui cause 1 100 décès annuels.

L’alcool est la substance psychoactive la plus précocement expérimentée à l’adolescence, souvent dans un cadre familial

L’expérimentation de boissons alcoolisées est déclarée par 59% des élèves de 6e, elle progresse en fréquence au cours des « années collège » jusqu’à concerner 83% des élèves de 3e, puis 93% des élèves en terminale. […] La part de ceux [des adolescents] qui déclarent avoir déjà connu une ivresse progresse nettement, passant de 17% en 4e à 69% des élèves de terminale. De même, l’usage régulier d’alcool (au moins 10 fois lors du dernier mois précédant l’enquête) passe de 3% en 4e à  27% en terminale. Parallèlement, les types de boissons alcoolisées bues par les adolescents évoluent également avec l’intensification des usages. Si le cidre et le champagne sont les boissons les plus communément bues au début de l’adolescence, les bières et les alcools forts deviennent rapidement les boissons alcoolisées préférées des lycéens.

Augmentation des comportements excessifs chez les 18-25 ans entre 2005 et 2010

Les 18-25 ans, qui se distinguent des personnes plus âgées par des consommations d’alcool moins régulières mais plus excessives, se démarquent en 2010 avec une stabilisation de la consommation quotidienne d’alcool associée à une augmentation des alcoolisations ponctuelles importantes et des épisodes d’ivresses. Les étudiants et les jeunes femmes se démarquent par des augmentations particulièrement prononcées par rapport à 2005. Les ivresses répétées concernent près de deux fois plus d’étudiants en 2010 qu’en 2005, et plus du double parmi les femmes. Les comportements des jeunes hommes et femmes ont ainsi tendance à se rapprocher.

Plus d’une femme sur cinq déclare boire de l’alcool pendant sa grossesse

La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse est déclarée par 23% des femmes ; une consommation de 3 verres ou plus en une même occasion est rapportée par 2% des femmes. Elle est plus fréquente pour les femmes en situation sociale favorisée, plus âgées et de parité élevée.

Les hommes sont globalement 2,6 fois plus concernés par le risque d’alcoolisation excessive que les femmes

Le risque ponctuel diminue fortement lorsque l’âge croît. Le risque chronique culmine aux âges intermédiaires.

Chez les hommes comme chez les femmes, le risque ponctuel touche particulièrement les cadres et professions intellectuelles (36,1% vs. 22,6%) et les professions intermédiaires (36,7% vs. 20,2%). Le risque chronique atteint plus souvent les hommes employés de commerce (19,5%) ou agriculteurs (17,3%) et les femmes artisanes commerçantes (6,4%) ou cadres et professions intellectuelles (4,7%). Les hommes chômeurs sont en troisième position pour le risque ponctuel (26,6%) mais en tête pour le risque chronique (18,7%) ; les chômeuses présentent surtout un risque ponctuel (18,2%).

De 2002 à 2010, derrière une relative stabilité globale, se cachent des disparités d’évolution, notamment un accroissement marqué des usages à risque ponctuel chez les femmes jeunes et dans certaines catégories sociales.

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Malgré la prise en compte de cette problématique dans les politiques de santé publique, ces résultats soulignent l’importance de mener et de développer une politique de prévention à l’échelle des enjeux : consommation jusqu’au-boutiste repérée chez les jeunes, féminisation des comportements excessifs, sous-estimation du risque d’alcoolisation fœtale…

L’INVS recommande la « poursuite des efforts des autorités publiques, des éducateurs, des acteurs de prévention et des associations dans la réduction de la fréquence des ivresses, des alcoolisations ponctuelles importantes et de leurs complications potentielles ».

Mais il serait vain de « poursuivre » les stratégies qui ont montré leurs limites. L’une des réponses réside sans nul doute dans des approches éducatives  appropriées, à l’adresse des jeunes comme des adultes qui persistent à penser que l’alcool est un compagnon de vie inoffensif et dont on peut jouir sans risque.

[1] BEH, 7 mai 2013 / n° 16-17-18 – Numéro thématique – L’alcool, toujours un facteur de risque majeur pour la santé en France.