Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens : coup de chapeau à Mme Royal ! | CISS – Collectif Interassociatif Sur la Santé

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30 avril 2014

Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens : coup de chapeau à Mme Royal !

Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, a réuni mardi 29 avril le Conseil national de la transition écologique, afin de lui présenter, pour avis, la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. Le texte a été adopté par le gouvernement.

Depuis quelques mois, parlementaires et associations dénonçaient « l’enlisement de l’arbitrage interministériel » devant conduire à l’adoption d’une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, alors qu’un rapport était mis en consultation publique depuis le mois d’août 2013.

Le CISS, signataire avec une quinzaine d’autres associations d’une lettre ouverte adressée à Ségolène le 11 avril dernier, salue l’adoption par le gouvernement de cette stratégie nationale.

La lutte contre les perturbateurs endocriniens, à l’origine de maladies chroniques, est un enjeu primordial dans le domaine sanitaire et environnemental. Rappelons que les preuves scientifiques se sont multipliées pour démontrer, outre dans les cancers hormono-dépendants, l’implication des perturbateurs endocriniens dans le diabète, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, les troubles de la reproduction et les troubles du comportement.

La stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, qui vise à réduire l’exposition de la population et de l’environnement aux perturbateurs endocriniens, s’articule autour de cinq avancées majeures :

  • soutenir la recherche pour mieux connaître les perturbateurs endocriniens et leurs effets sur la santé et l’environnement, notamment en finançant des programmes de recherche et en mettant en place une plateforme public-privé qui permettra de réduire les délais des tests sur les substances chimiques ;
  • développer l’innovation dans l’industrie, en stimulant la mise en œuvre de produits de substitution innovants et non toxiques ;
  • renforcer l’expertise et lancer dès cette année l’analyse d’au moins huit substances chimiques par an suspectées d’être des perturbateurs endocriniens ;
  • porter ce sujet majeur de santé publique au niveau européen et refaire de la France un pays moteur de la protection de la santé et l’environnement en Europe ;
  • améliorer l’information des citoyens, dans leur vie quotidienne comme sur les lieux de travail.

L’évaluation des risques liés aux perturbateurs endocriniens sera renforcée par un programme d’expertise confié à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm). L’Anses est chargée d’évaluer au moins une quinzaine de substances chimiques sur trois ans.

Les travaux de l’Ansm sur les perturbateurs endocriniens « seront également accélérés », a précisé le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. L’agence devra évaluer chaque année au moins trois substances suspectées d’être des perturbateurs endocriniens sur son « champ de compétences et notamment dans les cosmétiques ».

Au niveau européen, il existe des distorsions : des Etats s’impatientent, comme la Suède qui a officiellement annoncé fin février qu’elle déposerait plainte contre la Commission Européenne en l’absence d’avancée sur le dossier des perturbateurs endocriniens.

Dans le cadre de cette stratégie, la France s’engage à porter ce sujet, notamment en défendant une définition des PE fondée sur les propriétés intrinsèques de ces substances sans prendre en compte la puissance de cet effet. La définition prônée désormais officiellement par la France établit trois catégories de perturbateurs endocriniens – avéré, présumé ou suspecté – qui dépendent du degré de certitudes sur les propriétés de perturbation endocriniennes des produits.

De plus, afin de « sécuriser le développement des nouveaux produits », la stratégie nationale prévoit de mettre en place une plateforme destinée à évaluer l’innocuité des nouvelles solutions. Une étude de faisabilité sur cette plateforme public-privé d’évaluation et de validation des méthodes de tests de substances est attendue pour cet été.

Dans un communiqué du 29 avril (lien vers le communiqué), l’association Réseau Environnement Santé (RES) salue l’adoption de la Stratégie nationale adoptée par le gouvernement, tout en indiquant que « c’est maintenant l’ensemble de la politique de santé et d’environnement qui doit être repensé », demandant que « les ONG porteuses de cette thématique soient membres à part entière du Conseil National de la Transition Écologique, la santé environnementale soit un axe majeur de la stratégie nationale de santé tout comme de la stratégie nationale de recherche et soit dotée de financements à la hauteur des enjeux, la politique de protection des milieux soit conçue en intégrant le changement de paradigme des perturbateurs endocriniens ».

Citons également Générations futures qui se félicite de la prise en compte de ses remarques relatives aux pesticides dans la stratégie adoptée par le gouvernement. Elle vient d’ailleurs de publier le mardi 29 avril une enquête évaluant la présence des perturbateurs endocriniens dans les cheveux d’une trentaine d’enfants résidant à proximité de terres cultivées.

 

Se documenter :

– La stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE), projet du 25 mars 2014

– Réseau Environnement Santé (RES)
– Générations Cobayes

– Générations futures

– Alerte sur les perturbateurs endocriniens, actualité publiée sur le site du CISS relative à la lettre ouverte interassociative adressée à Ségolène Royal le 11 avril 2014

– “Le Bisphénol A et ses effets sur la santé”, article publié le 25 avril sur www.66millionsdimpatients.org