Lancement du recueil interassociatif “Investir sur la solidarité” | CISS – Collectif Interassociatif Sur la Santé

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03 janvier 2012

Le 14 septembre 2010, une cinquantaine d’associations du champ sanitaire et social tiraient la sonnette d’alarme et appelaient à une mobilisation citoyenne pour la solidarité avec pour leitmotiv : « Investir sur la solidarité ! »

À l’origine de cet appel interassociatif, un constat préoccupant : les conséquences sociales et humaines de la crise économique, des politiques sociales centrées sur des objectifs d’efficacité financière, et une montée du repli sur soi.

Un cumul dont les premières victimes sont les publics les plus fragiles (personnes handicapées, malades, personnes âgées, personnes en situation d’exclusion sociale et professionnelle…) mais aussi les structures qui les accompagnent.

Alors que « la solidarité devient actuellement la variable d’ajustement des politiques publiques », les organisations associatives répliquent : « La solidarité est à la fois une nécessité immédiate, économique et humaine, et un investissement de long terme. »

Ce 5 janvier 2011, s’est tenue une conférence de presse de lancement du recueil « Investir sur la solidarité », qui est la suite logique de l’appel du 14 septembre 2010.

A la tribune  : Arlette BURGARD (CNAPE), Jean-Marie BARBIER (APF), François FONDARD (UNAF), Claude RAMBAUD (Le CISS), Francis CONTIS (UNA), Pascal CHAMPVERT (AD-PA), Pierre TARTAKOWSKY ( Ligue des Droits de l’Homme), Arnaud DE BROCA (FNATH), Dominique BALMARY (Uniopss)

Face à l’urgence et parce que tous les secteurs de la société sont de plus en plus touchés par cette

« perte » de solidarité, des associations – parmi lesquelles le CISS – apportent leur éclairage sur la nécessité d’une société solidaire, que ce soit dans le domaine des droits et libertés, de la santé, du travail, de l’enfance, de la famille, de la perte d’autonomie, de l’environnement.

Le recueil « Investir sur la solidarité » a vocation à informer le grand public et à interpeller les candidats à l’élection présidentielle et aux élections législatives.

Comme le dit l’appel : « Il est, plus que jamais, temps de reposer les bases d’une société dans laquelle la solidarité est partagée par tous ».

Télécharger le recueil en cliquant sur l’image ci-contre.

Voici ci-après une contribution de Didier Tabuteau, Responsable de la chaire Santé de Sciences Po et du CAPPS de l’EHESP, professeur associé à l’Université Paris Descartes, en accompagnement de la publication du livret « Investir sur la solidarité » :

Solidarité et dignité

La Sécurité Sociale avait pour ambition, lors de sa création, de généraliser les assurances sociales, de « libérer les travailleurs de la hantise du lendemain » pour reprendre la belle formule de Pierre Laroque. Elle est devenue le socle de la solidarité dans notre République, l’une des composantes clés du contrat social. Et en son sein, l’assurance-maladie est sans doute le maillon le plus symbolique de cette solidarité, au point parfois de s’identifier, à elle seule, à la « Sécu ».

Au-delà de la mutualisation des ressources de la collectivité pour protéger la santé de la population et de chacun d’entre nous, l’assurance-maladie a aussi pour essence de créer les conditions du respect de la dignité de la personne dans le système de santé. Elle doit permettre à chacun d’accéder, sans distinction ni discrimination, à l’ensemble des établissements et professionnels de santé conventionnés lorsque son état l’exige. Ni médecine à deux, trois ou dix vitesses, ni ségrégation sociale dans les parcours de soins, ni charité dans la dispensation des soins ! À cet égard la régression des tarifs opposables pour les actes médicaux et les soins dentaires, la liberté des prix pour certains biens médicaux, comme les lunettes ou les prothèses auditives, remettent insidieusement en cause cet objectif. Rien n’est plus contraire à la philosophie de l’assurance-maladie que le tarif de la consultation ou de l’intervention fixé par le médecin en fonction de son appréciation de l’état de richesse du patient. L’argument de la « consultation gratuite pour les pauvres » a si souvent été invoqué pour contrebalancer le développement des dépassements d’honoraires …

La Sécurité Sociale a été bâtie pour ouvrir des droits objectifs et sortir de la logique caritative qui avait présidé historiquement à la constitution du système de santé. La solidarité, c’est un tarif opposable et un remboursement uniforme. Egalité d’accès mais aussi égalité de considération. Dans le traitement comme dans le regard de l’autre.

C’est à travers le financement que doit d’abord s’exprimer la solidarité : entre bien-portants et malades, et, par des prélèvements en fonction des revenus, entre assurés sociaux favorisés et moins favorisés.

C’est ensuite à travers une aide à l’acquisition d’une couverture complémentaire, et sa gratuité pour les plus défavorisés (CMU), que doit s’exercer l’indispensable surcroît de solidarité de la collectivité à l’égard des plus modestes. Dans une période où les tensions économiques sont extrêmes et les menaces sur la protection sociale majeures, il ne faut pas oublier la double vocation de la Sécurité Sociale. La solidarité ne peut être impunément dissociée du respect de la dignité.