L'inquiétante progression des accidents de travail et des maladies professionnelles chez les femmes | CISS – Collectif Interassociatif Sur la Santé

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La santé des femmes au travail se dégrade plus que celle des hommes. C’est le constat que dresse l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) qui a publié début mars une étude basée sur des chiffres de l’Assurance maladie [1].

En 2012, les accidents de travail concernent nettement plus les hommes (67,5%) que les femmes (32,5%). Pour les accidents de trajet, hommes et femmes sont pratiquement à égalité : 48% et 52%.

Mais alors que les accidents de travail ont globalement baissé au cours des dix dernières années  (-13%), ceux des femmes ont fortement augmenté (+20%).

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En cause ?

Depuis des décennies, des mesures de précautions ont été renforcées dans des branches comme la métallurgie, la chimie, le bois ou encore le textile, explique l’Anact, en précisant que ces secteurs ont parallèlement connu une forte baisse de leurs effectifs.

 

A l’inverse, les secteurs plus investis par les femmes (les activités de services, de commerces, banque, assurance et administration) ont moins bénéficié de ces mesures de prévention. Il existe « une invisibilité des risques pour certains emplois ou secteurs à prédominance féminine (services, soin, commerce, administratif…) compte tenu du fait qu’ils ont été longtemps considérés comme ” légers ” au contraire des emplois ou secteurs “lourds” à prédominance masculine (BTP, industrie, énergie…) », écrit l’Anact dans son enquête. « Or les salarié(e)s sont aussi exposé(e)s à des produits chimiques, à des problèmes de port de charge et à des risques psychosociaux, prévient Florence Chapert, l’une des auteurs de l’étude. Mais comme ces risques sont moins visibles, ils sont moins pris en compte ».

« Les femmes, souvent cantonnées à des postes répétitif et pénibles, évoluent peu hiérarchiquement contrairement aux hommes. Résultat, elles sont plus durablement exposées à l’usure professionnelle », explique la responsable du projet genre, santé et conditions de travail à l’Anact.

A poste équivalent, les effets du travail ne sont pas les mêmes sur les hommes et les femmes : « Les différences musculaires, des machines pas adaptées à la taille des femmes peuvent avoir des conséquences supplémentaires sur la santé des femmes ».

Une progression près de deux fois plus rapide des maladies professionnelles reconnues pour les femmes que pour les hommes depuis 2001

En 2012, les maladies professionnelles reconnues concernent autant les hommes (51,1%) que les femmes (48,9%).

Les troubles musculo-squelettiques représentent, en 2012, près de 78% du total des maladies professionnelles indemnisées.

L’évolution du nombre des maladies professionnelles est à la hausse entre 2001 et 2012 pour les salariés, d’après la CNAMTS (+123%) et on constate une progression différenciée suivant le sexe.

Le nombre des maladies professionnelles a augmenté de façon exponentielle pour les femmes :

+ 169,8%. L’évolution concerne également les hommes, mais de façon moins forte : +91,2% sur la même période.

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L’éclairage sexué des statistiques de santé doit amener les politiques de santé et sécurité au travail à poser un regard « genré » pour progresser dans la prévention de la sinistralité pour toutes et tous.

Au travail comme ailleurs, les femmes ne sont pas des hommes comme les autres !