L’alcool, un problème de santé publique largement sous-estimé en France | CISS – Collectif Interassociatif Sur la Santé

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La consommation d’alcool en France a été impliquée dans 49 000 décès en 2009, dont 40 % survenus avant 65 ans.

L’alcool est responsable de 36 500 décès chez l’homme, ce qui représente 13 % de la mortalité totale masculine, et de 12 500 décès chez la femme, soit 5 % de la mortalité totale, selon l’étude de Sylvie Guérin, Agnès Laplanche, Ariane Dunant et Catherine Hill, du service de biostatistique et d’épidémiologie de l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif [1]. Le dossier « Alcool : seuls 8 % des malades pris en charge » publié par Le Figaro le 14 octobre dernier [2] rappelait ces chiffres, soulignant la sous-estimation de ce problème de santé publique.

Les décès attribuables à l’alcool sont surtout des cancers (15 000 décès) et des maladies cardio-vasculaires (12 000 décès). S’y ajoutent notamment 8 000 morts dues à des maladies digestives (cirrhoses) et autant dues à des accidents et suicides. Le reste relève d’autres maladies dont des troubles mentaux liés à l’alcool.

Le syndrome d’alcoolisation fœtale est la première cause évitable de handicap physique et mental chez l’enfant en France. En 2012, d’après l’enquête nationale périnatale, 20% des femmes continuent à consommer de l’alcool régulièrement pendant la grossesse (toutes catégories sociales confondues). 700 enfants présentent chaque année une forme sévère du syndrome d’alcoolisme fœtal. Un enfant naît chaque heure avec un cerveau endommagé à vie.

L’alcool est par ailleurs impliqué dans un tiers des affaires délictuelles et criminelles.

L’alcoolémie positive d’un conducteur est présente dans les accidents causant 30,8 % des tués sur la route [3].

Par ailleurs, « tout comme il y a des victimes de tabagisme passif, il y a des victimes de l’alcoolisme passif, mais personne ne parle jamais d’elles », s’insurge le Pr Naasila, professeur de physiologie et directeur de recherche à l’Inserm sur l’alcool, à Amiens.

Faute d’informations, « peu de personnes savent qu’à partir de trois verres d’alcool au quotidien, une femme multiplie par trois son risque de faire un cancer du sein. De même, à partir de cinq verres par jour, le risque de cancer du côlon est multiplié par quatre », note le Dr Batel, responsable de l’unité de traitement ambulatoire des maladies addictives à l’hôpital Beaujon.

Si son coût « peut atteindre 17,6 milliards par an si on y inclut les problèmes de santé, ainsi que les coûts indirects inhérents aux journées de travail perdues, aux accidents de travail, à la souffrance psychologique, etc. », l’alcool ne « “rapporte” que 1,5 milliard d’euros de taxes annuelles » (selon Alcool info service, les taxes sur les boissons alcooliques (hors TVA) représenteraient environ 2,5 milliards d’euros. A titre de comparaison, les taxes sur le tabac (hors TVA) rapportent environ 9 milliards d’euros par an).

Pourquoi, dans ce contexte, seules 8% des personnes ayant un problème avec l’alcool sont actuellement prises en charge ? Par quel tour de force célèbre-t-on encore l’alcool hédoniste alors même que sa surconsommation est la deuxième cause de mortalité évitable en France après le tabac ?

Selon l’Insee, le chiffre d’affaires de la filière alcool en France représentait 15,8 milliards d’euros en 2007. En 2008, les ménages français ont consacré 15 milliards d’euros, soit 1 % de leur budget (ou encore 8,6 % du budget « alimentation ») aux boissons alcooliques (Insee).

La filière alcool représentait près de 500 000 emplois directs ou indirects en France en 2000 (source : Inserm).

La France comptait en 2003 environ 540 000 débits de boissons (190 000 débits à emporter, 80 000 restaurants et 270 000 débits à consommer sur place) (source : DGDDI).

Les investissements publicitaires en faveur des boissons alcooliques représentaient 306 millions d’euros en 2006 (données TNS Media Intelligence).

Ceci explique sans doute cela…