Abus d'antibiotiques. Quand la pertinence des prescriptions croise des enjeux de santé publique… | CISS – Collectif Interassociatif Sur la Santé

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La France était en 2012 le quatrième plus gros prescripteur d’antibiotiques dans l’Europe des 27, souligne l’OCDE dans son rapport intitulé « Panorama de la santé : Europe 2014 ». La consommation d’antibiotiques y est de 28,7 doses quotidiennes définies pour 1 000 habitants, contre 20,4 en moyenne en Europe. La France reste moins gourmande que la Grèce, où le volume total d’antibiotiques prescrits était de 35,1 doses par jour et pour 1 000 habitants, Chypre (32) et la Belgique (29). En revanche, en Allemagne les chiffres sont bien plus faibles (14,1 doses), comme au Royaume-Uni (18,8) ou encore aux Pays-Bas, pays le moins consommateur d’antibiotiques avec 11,4 doses quotidiennes pour 1 000 habitants.

Les risques de l’antibiorésistance

« On observe une nette corrélation entre le volume d’antibiotiques prescrits localement et la prévalence de souches bactériennes résistantes », s’alerte l’OCDE.

« L’antibiorésistance est reconnue comme un problème majeur en termes de santé humaine et animale au niveau international. En effet, l’émergence et la diffusion croissante de souches de bactéries résistantes aux antibiotiques remettent en question l’efficacité de ces traitements tant chez l’Homme que chez l’animal », lit-on sur le site de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).


L’antibiorésistance, d’autant plus inquiétante que la recherche est en panne

« Jusqu’alors, la recherche apportait régulièrement de nouvelles molécules qui contournaient les résistances : “ainsi lorsque les collibacilles sont devenues résistantes à l’ampicilline et aux pénicillines, l’industrie pharmaceutique a lancé une association d’amoxicilline et d’acide clavulanique, puissant inhibiteur de bêta-lactomases. Le nouveau produit était actif sur ces deux résistances acquises. Mais le processus ne s’arrête pas là : aujourd’hui, on voit apparaître des collibacilles qui résistent à ces associations. C’est le cas de 10 à 15 % des souches rencontrées en ville”. Henri Portier, Chef de service, Maladies infectieuses – CHU Dijon.

 Or, actuellement, la recherche est en panne, problème auquel vient se surajouter l’arrêt de la production de certains vieux antibiotiques », peut-on lire sur le site du LEEM (Les entreprises du médicament).

Comment agir sur la prescription et la consommation d’antibiotiques ?

Le gouvernement français vient de lancer une expérimentation de vente à l’unité dans les pharmacies d’une vingtaine d’antibiotiques. Le but est de lutter contre la surconsommation de médicaments et contre l’abus d’antibiotiques, afin de réduire les risques que la résistance aux antibiotiques se développe.

Par ailleurs, l’Assurance Maladie se mobilise pour préserver l’efficacité des antibiotiques et lutter contre le développement des résistances bactériennes. Elle met gratuitement des tests de diagnostic rapide (TDR) de l’angine à la disposition des médecins libéraux généralistes, pédiatres et ORL.

Si l’angine est d’origine virale, un traitement antibiotique est inutile car les virus y sont insensibles. Ce type d’angine guérit naturellement en 3 à 5 jours.

Si l’angine est d’origine bactérienne, l’antibiothérapie peut être nécessaire même si la plupart des affections bactériennes guérissent spontanément, même sans antibiotiques.

Certaines bactéries, comme les streptocoques du groupe A, peuvent générer des complications rares mais graves. Pour mieux les dépister, les pharmaciens ont été habilités, par un arrêté du 11 juin 2013 publié au Journal officiel début juillet 2013, à effectuer dans leurs officines le « StreptoTest » afin de vérifier rapidement si une angine est d’origine bactérienne ou virale, et si le patient a besoin d’antibiotiques ou non.

 Le bilan de ces tests de dépistages rapides est-il établi ? Combien de professionnels de santé en font effectivement l’usage avant de noircir leurs pages de prescriptions ?

L’ « antibiocommunication » pour sensibiliser les professionnels de santé et les usagers ?

L’Assurance maladie a lancé fin mai 2010, une nouvelle campagne de communication  « Si on les utilise à tort, ils deviendront moins forts », visant à une meilleure consommation des antibiotiques et ciblant notamment les jeunes actifs et les parents de jeunes enfants. Ce slogan est le second épisode de la campagne « Les antibiotiques, c’est pas automatique », lancée en 2002.

Il y a une urgence à modérer la prescription et la consommation des antibiotiques en France. Question de santé publique !

Référence :

Panorama de la santé : Europe 2014, rapport de l’OCDE (en anglais)

A lire également :

“Antibiotiques : le rôle du prescripteur”, article publié sur 66 Millions d’Impatioents le 11 déc. 2014