Le prix du traitement contre l’hépatite C. Trop, c’est trop ! | CISS – Collectif Interassociatif Sur la Santé

0
33

Les antiviraux à action directe (AAD), dont le Sofosbuvir de l’américain Gilead, sont en train de “révolutionner” la prise en charge de l’hépatite C qui touche plus de 200 000 personnes en France et peut provoquer cirrhose et cancer du foie.

Si ces nouveaux traitements, plus efficaces et présentant moins d’effets secondaires, donnent de sérieux espoirs d’éradication de cette épidémie, la question de son coût fait aujourd’hui  débat. Et pas qu’un peu puisque c’est un sujet à au moins 60 000 euros par patient pour une cure de trois mois.

60 000 à 80 000 euros par patient, c’est le tarif demandé par Gilead pour une cure de trois mois de Sofosbuvir

« Ce prix (…) pourrait créer un dangereux précédent en ne basant pas la délivrance de médicaments vitaux sur les réels besoins en santé des personnes », mais selon « des critères non médicaux : mode de vie, situation administrative ou socio-économique des personnes touchées », écrivent vingt-quatre associations, dont Aides, Médecins du monde et SOS hépatites.

« Nous appelons l’Etat à exiger un juste prix auprès des laboratoires et à jouer son rôle de régulateur auprès des industriels afin de faire baisser les prix et de garantir l’accès à ces nouvelles molécules pour au moins 80 000 personnes atteintes d’hépatite C chronique. »

Dans une tribune publiée le 2 juin dans Le Monde [1], le directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), Jean-François Delfraissy, soulèvait lui aussi la question du « juste prix » des nouveaux traitements de l’hépatite C dans les pays riches. « Tous les malades chez qui le traitement est justifié doivent être traités » et le prix qui sera accordé aux antiviraux à action directe « devrait donc être déterminé en fonction de cette nécessité », estime le Pr Delfraissy.

Offensive française au sein de l’Union européenne

Le 20 juin dernier, la France a lancé une offensive au sein de l’UE pour tenter d’obtenir de l’industrie pharmaceutique une baisse du coût des nouveaux médicaments contre l’hépatite C.

Cette « initiative commune », lancée lors d’une réunion des ministres européens de la Santé à Luxembourg, a reçu le soutien de 14 partenaires européens de la France, dont l’Allemagne[2], et de la Commission européenne, a indiqué une source européenne.

Les prix des nouveaux traitements de l’hépatite C « sont extrêmement élevés et insoutenables pour les budgets de santé », relèvent les 15 coalisés dans une déclaration commune, soulignant les risques d’exclusion de « milliers de patients » et de nouvelles contaminations pourtant évitables.

Alors que le nombre de personnes porteuses est estimé entre 7,3 et 8,8 millions dans l’UE, ils pressent l’industrie pharmaceutique « de prendre ses responsabilités » pour permettre un « compromis adéquat » entre leurs gains et l’accès aux soins.

Face aux fabricants, les 15 s’engagent à établir « un réseau d’échange d’informations » portant notamment sur « la définition d’un plafond de prix, les protocoles de traitement (…) et les négociations en cours avec l’industrie ».

Les États pourraient aussi utiliser le mécanisme de passation conjointe de marchés que la Commission vient de mettre en place, dans un premier temps pour des achats groupés de vaccins, a relevé dans une conférence de presse le commissaire européen à la Santé, Tonio Borg.

Il s’est félicité de voir émerger « pour la première fois un certain empressement à coopérer contre la spéculation sur les prix des médicaments ».

Soutenons cette initiative !

Le CISS soutient pleinement cette initiative dont le résultat pourrait démontrer l’existence de marges de manœuvre, dont on nous dit que la France est privée, pour agir de manière concertée avec nos voisins européens qui, comme nous, subissent un abus de position dominante, laquelle hypothèque gravement l’accès pour tous à l’innovation.

[2] Allemagne, Belgique, Chypre, Croatie, Irlande, Italie, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovaquie et Slovénie.